« Gouvernance, persuasion et re-modélisation d’une société : deux modèles applicables au cas malgache postcolonial ? »11 min read

Résumé sur une partie des recherches en cours :

Analyse portée autour de la notion de gouvernance, selon les études de Gilles Paquet (2009), Bernard Enjolras (2010), et Jacques Chevallier (2003) :

« La gouvernance : appel à un changement de paradigme en faveur de la rationalité coopérative »

La gouvernance : appel à un changement de paradigme en faveur de la rationalité coopérative

Cette thèse vise à analyser les processus de gouvernance, de persuasion et de re-modélisation sociale dans le contexte postcolonial (1960-2020) de Madagascar, en se concentrant sur deux modèles théoriques applicables à cette situation, notamment les références canadienne et rwandaise.

Plus spécifiquement, elle examine comment les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux utilisent des stratégies de persuasion pour influencer les décisions et les comportements au sein de la société, et comment ces processus contribuent à la transformation et à la reconfiguration des structures sociales, politiques, économiques, et culturelles, notamment dans le contexte malgache.

Afin de répondre à la problématique principale suivante : « De quelle façon inciter les parties prenantes à engager leur responsabilité à la mise en place d’une gouvernance construite par et pour la société malgache ? », ces travaux de recherche seront subdivisés en plusieurs parties, dont l’approfondissement de la notion de gouvernance figure parmi les termes prioritaires à explorer.

La gouvernance, amalgamée entre son sens profond apporté par les chercheurs et l’utilisation vulgarisée par ses pratiquants, serait le système adéquat pour développer une société à l’ère du temps. Encore faut-il savoir quelle approche paraîtrait la mieux adaptée, car entre plusieurs conceptions, il est indispensable de clarifier et de délimiter la notion de gouvernance vers laquelle se référer au cours de ces travaux de recherche ; portée sur une question principale de la possibilité de mise en œuvre d’un système incitatif et consensuel pour permettre à tous les malgaches, élites, agents publics et citoyens, de contribuer ensemble aux préoccupations des affaires publiques. Cette gouvernance porterait en son sein la pleine participation des acteurs concernés, dans le sens où toutes les parties prenantes devraient être engagées à prendre pleinement part à chaque étape du processus crucial de la vie politique. Les analyses issues des travaux de Jacques Chevallier (2003), Gilles Paquet (2009), et Bernard Enjolras (2010), autour de la notion « de gouvernance » affirmeraient la nécessité d’une participation forte venant de chaque acteur, à travers une rationalité coopérative et une nouvelle façon de questionner la manière de gouverner.

Selon Gilles Paquet, la gouvernance est une conception émergente qui transcende la manière conventionnelle de voir les processus de gouvernement, offrant un cadre permettant de comprendre les dynamiques complexes des systèmes politiques et sociaux modernes. « La gouvernance est non seulement une nouvelle manière de voir mais aussi un nouveau mode d’acquisition de connaissance, un nouvel appareil d’opérations mentales, et une invitation au design organisationnel. »[1] (Paquet, 2009). En outre, la gouvernance se présente comme un outil favorisant de nouvelles opérations mentales, telles que l’analyse systémique, la modélisation prédictive et la prise de décision éclairée par des données. Enfin, elle constitue une mobilisation à repenser les structures organisationnelles, en mettant l’accent sur la flexibilité, la collaboration et l’adaptabilité pour répondre aux défis contemporains de manière efficace et efficiente. Les exemples canadien et rwandais, qui nous intéressent en termes d’analyse comparative pour cette recherche, illustrent parfaitement les études de Paquet.

Par exemple, le Canada mise sur une gouvernance ouverte qui prend pleinement en compte l’implication des citoyens dans le processus décisionnel. Les consultations publiques sont indispensables afin de récolter les opinions des parties prenantes. De manière systématique, les données sont publiées et disponibles pour toute personne intéressée, ce qui permet d’instaurer un climat de confiance basé sur la transparence et incite la participation active des acteurs dans le suivi des politiques publiques et l’évaluation de la performance du gouvernement.[2]

De ce fait, les acteurs principaux, tant les responsables étatiques que les citoyens, ainsi que les agents publics, doivent tous s’accommoder et se rendre responsables des affaires publiques.

Cet aspect de la gouvernance qui nécessite la pleine implication des parties prenantes dans les affaires publiques, en menant une transition de l’action publique vers une rationalité coopérative est également conforté par les analyses de Jacques Chevallier ; qui souligne que la résolution des problèmes collectifs n’incombe plus uniquement à l’État, mais réclame la participation active des acteurs sociaux. Ces acteurs doivent être prêts à immoler leurs intérêts personnels en faveur de l’intérêt général et contribuer à la mise en œuvre des résolutions collectives. « Dans les sociétés contemporaines, l’action publique tend à être dominée par une rationalité coopérative : la solution des problèmes collectifs ne relève plus de la responsabilité exclusive de l’État ; elle implique la participation des acteurs sociaux, prêts à dépasser la défense de leurs intérêts catégoriels pour tenter de dégager un intérêt commun et à collaborer à la mise en œuvre des choix collectifs»[3] ; ainsi, la coopération entre l’État et la société civile serait fondamentale pour parvenir à une gestion performante des affaires publiques. Dans le cas de Madagascar, cette tendance à la participation active est déjà ancrée mais gagnerait à être stimulée davantage. Selon l’analyse des données récoltées par l’Afrobaromètre en 2005 « Des 18 pays considérés, Madagascar est celui où la participation à

[1] Paquet, Gilles. (2009). Gouvernance publique. Université d’Ottawa, HEC Montréal

[2] AIP2. Les principes de base de la participation publique, Canada

[3] Chevallier, Jacques. (2003). La gouvernance, un nouveau paradigme étatique ? Revue française d’administration publique. pp. 203-217

des réunions de communauté est à la fois la plus fréquente et la plus intense…Les Malgaches se rassemblent aussi fréquemment avec d’autres personnes pour aborder un problème : plus de 70 % d’entre eux l’ont fait au moins une fois au cours des 6 derniers mois ce qui est le plus haut taux de participation des pays considérés. Ces résultats indiquent la capacité des Malgaches à coopérer pour résoudre ensemble des difficultés. »[1] Ainsi, la culture malgache pourrait être réceptive à l’instauration d’un mécanisme de concertation beaucoup plus actif, le défi étant de le roder pour l’appliquer à une échelle plus étendue et à des préoccupations plus larges propres à la sphère publique.

La reconnaissance de la complexité des défis contemporains met en lumière l’exigence d’une concertation entre les acteurs, c’est l’essence de la rationalité coopérative qui appelle à un changement de paradigme : « …c’est en effet en associant les intéressés à la définition des règles du jeu qu’un bon équilibre d’ensemble pourrait être atteint. »[2] En permettant aux acteurs concernés de participer à la définition des politiques publiques et des mesures à prendre, la gouvernance instaurerait un équilibre optimal dans la prise de décision et la gestion des affaires publiques. Ainsi, elle favoriserait l’émergence de nouveaux processus et mécanismes, qui intègreraient la contribution des acteurs non étatiques. Au Rwanda par exemple, la gouvernance a été façonnée par des initiatives de décentralisation visant à renforcer la participation locale et la responsabilité, « le contrôle du pouvoir par les administrés et la gestion participative n’ont plus simplement un caractère instrumental mais sont posés comme les objectifs fondamentaux et prioritaires parce qu’ils conduisent au bien-être des populations concernées. » [3] La mise en place des organes locaux de gouvernance, tels que les conseils de district, permet aux communautés de participer activement à la planification et à la gestion des ressources locales. Cette transition vitale vers des formes plus participatives et inclusives de gouvernance reflète une évolution significative dans les théories et pratiques de gouvernement.

Pour mettre en application ce changement de paradigme des dirigeants et des citoyens, menant à la rationalité coopérative, un régime adéquat est nécessaire. D’après Enjolras, il peut être conceptualisé à partir de trois composantes fondamentales : les acteurs impliqués, les instruments de politique publique et les modalités institutionnelles d’interaction au sein

[1] Wachsberger, Jean-Michel. Les Malgaches et la politique : quelques enseignements tirés des enquêtes. Afrobaromètre de 2005. DIAL. 2007. Paris.

[2] Chevallier, Jacques. (2003). La gouvernance, un nouveau paradigme étatique ? Revue française d’administration publique. pp. 203-217

[3] Gakuba, Alexis. (2003). La décentralisation et le développement, le cas du Rwanda. Nouvelle Relève n°460 du 28/02 – 15/2003

d’un réseau[1]. « Un régime de gouvernance peut dés lors se définir à partir de trois éléments constitutifs : (i) Les acteurs impliqués dans la réalisation d’objectifs d’intérêt général ainsi que leurs caractéristiques… ; (ii) Les instruments de politique publique : régulateurs, qui ont pour objet de contraindre les acteurs à agir d’une manière déterminée ; incitatifs, qui ont pour objet de motiver les acteurs à agir dans une direction donnée ; informatifs, qui ont pour objet de convaincre les acteurs d’agir d’une certaine façon… (iii) Les modalités institutionnelles d’interaction au sein d’un réseau de politique publique.»[2] Ce régime de gouvernance énoncé par Enjolras pourrait être la base du mécanisme persuasif de responsabilité tripartite qui figure parmi les hypothèses de cette recherche. Dans le contexte malgache postcolonial, les acteurs impliqués seraient les décideurs politiques, les ressources humaines de l’État et les citoyens ; les instruments régulateurs pourraient se mesurer par des indicateurs déterminés au préalable par les parties prenantes, les instruments incitatifs serviraient à encourager les acteurs à s’acquitter de leur responsabilité à travers leur contribution pour la bonne marche des affaires publiques et les outils informatifs permettraient de rendre les données accessibles à tous pour permettre une prise de décision éclairée et réfléchie. “Les instruments de politiques publiques ne se mettent pas en œuvre d’eux mêmes, mais supposent l’existence de modalités institutionnelles de coordination qui incluent la façon dont la mise en oeuvre et la conception des politiques publiques est reliée” (Enjolras, 2010).  Pour le cas de Madagascar, les modalités institutionnelles d’interaction se reflèteraient à travers les consolidations de la participation du public qui démarreraient sous forme de réseau au niveau même du « fokontany » a priori, s’agrandirait au niveau communal, puis s’étendrait vers les districts, les régions et au final atteindrait l’échelle nationale.

L’analyse approfondie des idées avancées par Paquet, Chevallier et Enjolras met en évidence l’importance de la participation active des acteurs sociaux et la collaboration étroite entre l’appareil étatique et les réseaux des citoyens pour la résolution des problèmes collectifs. Cette approche de la gouvernance par l’axe de la « rationalité coopérative » apporte une vision confortant la part de responsabilité des acteurs et leur coopération comme éléments clés pour relever efficacement les défis sociaux, politiques, économiques et culturels des sociétés modernes.

Dans cette optique, le mécanisme persuasif de responsabilité tripartite se mettrait en place autour des instruments régulateurs, incitatifs et informatifs, qui permettrait aux réseaux d’acteurs (décideur politique, agent public et citoyen) de se concerter et d’agir autour des mêmes valeurs

[1] Enjolras, Bernard. (2010). Gouvernance verticale, gouvernance horizontale et économie sociale et solidaire : le cas des services à la personne. Géographie, Économie, Société. 12. pp.15-30

[2] Enjolras B. (2010). Gouvernance verticale, gouvernance horizontale et économie sociale et solidaire : le cas des services à la personne. Géographie, Économie, Société. 12. Pp.15-30

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ANALYSEES AUTOUR DE LA NOTION DE GOUVERNANCE

AIP2. Les principes de base de la participation publique, Canada

Chevallier, Jacques. (2003). La gouvernance, un nouveau paradigme étatique ? Revue française d’administration publique. pp. 203-217

Enjolras, Bernard. (2010). Gouvernance verticale, gouvernance horizontale et économie sociale et solidaire : le cas des services à la personne. Géographie, Économie, Société. 12. pp.15-30

Gakuba, Alexis. (2003). La décentralisation et le développement, le cas du Rwanda. Nouvelle Relève n°460 du 28/02 – 15/2003

Paquet, Gilles. (2009). Gouvernance publique. Université d’Ottawa, HEC Montréal

 Wachsberger, Jean-Michel. Les Malgaches et la politique : quelques enseignements tirés des enquêtes. Afrobaromètre de 2005. DIAL. 2007. Paris

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